La décision de la CJUE du 30 novembre 2023 et le principe du non-refoulement : impacts sur le transfert des demandeurs d'asile

Le 30 novembre 2023, la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE) a rendu un arrêt de grande importance en matière d'asile et de protection internationale. Cette décision concerne l'interprétation de l'article 3, paragraphes 1 et 2, du Règlement (UE) n° 604 de 2013, connu sous le nom de Règlement Dublin III, établissant des critères fondamentaux pour le recours contre les transferts vers d'autres États membres. En particulier, la Cour a précisé qu'un tribunal ne peut pas examiner le risque de violation du principe du "non-refoulement" sans d'abord vérifier l'existence de carences systémiques dans le pays de transfert.

Le principe du non-refoulement et son application

Le principe du "non-refoulement" est un élément crucial du droit international, qui empêche le transfert de demandeurs d'asile vers des pays où ils pourraient subir des persécutions ou des tortures. L'arrêt de la CJUE a réaffirmé que, en cas de recours contre une décision de transfert, il est essentiel que le tribunal vérifie si dans le pays de destination existent des conditions d'accueil adéquates et des procédures d'asile efficaces. Cette approche met en évidence le devoir des autorités judiciaires de garantir la protection des droits fondamentaux des demandeurs d'asile.

L'arrêt et le cas spécifique

Dans l'affaire examinée, la Cour a traité le cas d'un citoyen pakistanais transféré en Slovénie. Bien que le demandeur ait fourni des documents et des arguments détaillés concernant les risques potentiels en cas de transfert, le tribunal avait à tort considéré la Slovénie comme un "pays sûr" sans effectuer les approfondissements nécessaires sur les conditions d'accueil. La CJUE a donc annulé la décision du tribunal, soulignant l'obligation d'une analyse approfondie des situations dans les pays de transfert.

Art. 3, paragraphes 1 et 2, du Règlement (UE) n° 604 de 2013 (dit Dublin III) - Interprétation donnée par la CJUE par son arrêt du 30 novembre 2023 - Recours contre le transfert vers un État membre - Contrôle du juge - Évaluation de l'existence du risque de violation du principe du "non-refoulement" - Vérification préalable de l'existence de carences systémiques dans le pays de transfert - Nécessité - Cas d'espèce. En matière de protection internationale, suite à l'arrêt de la CJUE du 30 novembre 2023, l'art. 3, paragraphes 1 et 2, du Règlement (UE) n° 604 de 2013 doit être interprété en ce sens que, dans les cas où l'étranger en fait expressément mention, en joignant les arguments appropriés et la documentation correspondante, le tribunal compétent pour décider du recours contre la décision administrative de transfert vers un État membre ne peut examiner l'existence du risque de violation du principe du "non-refoulement" que s'il a préalablement constaté l'existence, dans cet État membre requis, de carences systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs de protection internationale. (En l'espèce, la S.C., en relation avec le recours contre la décision par laquelle l'Unité Dublin avait ordonné le transfert en Slovénie d'un citoyen pakistanais, a annulé la décision du tribunal qui, malgré les indications spécifiques et la documentation précise fournies par le requérant, avait omis les approfondissements nécessaires concernant les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Slovénie, le considérant donc comme un "pays sûr").

Conclusions

En résumé, l'arrêt de la CJUE du 30 novembre 2023 représente un pas significatif dans la protection des droits des demandeurs d'asile en Europe. Il renforce non seulement le principe du "non-refoulement", mais exige une analyse rigoureuse des conditions d'accueil dans les pays de transfert. Cette approche vise à garantir que chaque demandeur d'asile puisse bénéficier d'un processus équitable et de conditions dignes, sans risque de violations des droits de l'homme. Il est essentiel que les tribunaux nationaux adoptent cette interprétation pour assurer une protection efficace et conforme aux normes internationales.

Cabinet d’Avocats Bianucci